Clap de début pour les référents de section en Bourgogne

Publié le 08/12/2011
Engagée dans l'expérimentation confédérale sur les référents de section pour le département de la Côte-d'Or, l'Uri Bourgogne a mis les bouchées doubles afin de rendre le dispositif opérationnel au plus vite.
Clap de début pour les référents de section en Bourgogne
Clap de début pour les référents de section en Bourgogne
Engagée dans l'expérimentation confédérale sur les référents de section pour le département de la Côte-d'Or, l'Uri Bourgogne a mis les bouchées doubles afin de rendre le dispositif opérationnel au plus vite.

« Pourquoi vous ne l’avez pas fait plus tôt ? ». À en croire Joël Jallet, se­crétaire général de l’Union départementale de Côte-d’Or, les sections qu’il rencontre pour leur expliquer l’expérimentation confédérale de référent de section ne mettent pas longtemps à y voir leur intérêt. « Il y a une vraie attente de lien et d’accompagnement. » Le projet, dans lequel a décidé de s’engager l’Uri Bourgogne, en même temps que d’autres unions régionales et fédérations ( lire l’encadré ci-dessous ), a trouvé un accueil similaire auprès des syndicats. « On a rencontré tous les syndicats pour leur expliquer la démarche. Sept ( ndlr : sur les quatorze de l’UD ) se sont investis. Chacun y voit l’utilité pour sa structure. »

Beaucoup de questions, pas de rejet

Pourtant, tout n’était pas gagné d’avance. Lorsque l’Uri Bourgogne a décidé de lancer l’expérimentation confédérale sur le périmètre de l’UD et que le projet a été présenté aux syndicats, début avril, des réticences sont apparues. Ne s’agissait-il pas de court-circuiter le syndicat dans sa relation aux sections ? Quels moyens seraient mis en œuvre, alors que tous croulent déjà sous la charge de travail ? Le référent ne prendrait-il pas la place du délégué syndical ? Ne créerait-on pas ainsi une usine à gaz ? « Il y a eu beaucoup de questions, mais pas de rejet, se rappelle Joël Jallet. Après en avoir discuté, participer à l’expérimentation leur a paru intéressant. » La con­fiance installée grâce au travail de proximité engagé par l’interpro depuis 2007 auprès des syndicats et des équipes a, de ce point de vue, joué un rôle essentiel.
Tout au long de la définition du cadre que prendrait l’expérimentation, les syndicats ont été étroitement associés à la démarche. Les cinq mi­litants de l’UD qui constituent le comité de pilotage de l’expérimentation ont rencontré un à un les syndicats volontaires ( Sgen, Interco, Transports, Services, S3C, chimie-énergie et agroalimentaire, auxquels s’est ajoutée l’UTR ) pour définir leurs attentes et leurs besoins en fonction de leurs spécificités ( nombre d’adhérents, taille des sections, périmètre géographique, nombre de militants actifs dans le syndicat, etc. ). C’est également en collaboration avec eux qu’une liste de potentiels référents a été élaborée

« Nous avons choisi des militants expérimentés, qui connaissent bien la maison CFDT et ont un bagage en termes de pratiques syndicales », explique Joël Jallet. Dernière condition, et non des moindres : « Qu’ils acceptent de se lancer dans l’aventure. » Les dix-huit premiers référents de section formés à la fin juin ( lire l’article ci-contre ) entamaient leur mission dans le courant du mois. Une nouvelle formation est prévue en septembre.

L’intérêt de tester un maximum de pistes

Quant aux sections, la volonté du secrétaire général de l’Uri, Joseph Battault, et de Joël Jallet était de « refléter la diversité des situations que l’on peut rencontrer dans la CFDT ». « Certaines sont en lien avec leur syndicat, sont structurées et ont une vie ; d’autres ont ­besoin d’aide, qu’elles soient nouvellement créées, éloignées du syndicat ou qu’elles rencontrent des difficultés particulières. » Autre souhait : ne pas réinventer l’eau chaude. « Certains syndicats ont des fonctionnements proches de ce que vise l’expérimentation. Nous voulons utiliser leur expérience. » Au sein du Syndicat Interco 21, chaque membre est ainsi chargé du suivi de plusieurs sections. « L’expérimentation vise à structurer ce qui existe déjà, l’améliorer pour ensuite mutualiser et généraliser », indique Joseph Battault. « L’idée, poursuit Joël Jallet, c’est d’expérimenter un maximum de pistes pour voir ce qui fonctionne. » Au début du mois de juillet, une quarantaine de sections devaient être couvertes par l’expérimentation.
Le comité de pilotage va désormais jouer un rôle central. Ses cinq membres vont assurer le rôle de « référent de référents » afin d’identifier les problèmes, les besoins et faire le suivi, dans le cadre d’un aller-retour permanent avec les référents. Deux dates de rencontre de tous les référents – en décembre 2011 puis en juin 2012 – ont d’ores et déjà été arrêtées pour qu’ils puissent partager leurs expériences. « Les sections et les syndicats seront également invités à faire part des enseignements qu’ils en tirent. »

Mutualiser et débattre pour généraliser

L’intérêt de s’inscrire dans une expérimentation, c’est de pouvoir « agir, évaluer, corriger, mutualiser, débattre pour généraliser », estime Joseph Battault. Une telle perspective supposera évidemment d’« affiner le travail de lien et de connaissance des ­implantations CFDT ». Mais l’Uri Bourgogne a fait le choix d’avancer en marchant, convaincue que « ce n’est pas parce qu’on corrige qu’on se sera trompé ».

Aurélie Seigne

 

Le référent, ni Zorro ni super-DS

La formation des dix-huit premiers référents de section a soulevé de nombreuses questions et ouvert des perspectives nouvelles.

C’est la première promotion de référents de section. Dix-huit militants CFDT, réunis les 29 et 30 juin derniers à Dijon, pour suivre la formation élaborée par Iris, l’outil de formation confédéral. Deux jours qui ont permis de revenir sur le sens de l’expérimentation, les questions qui se posent, les pratiques à mettre en œuvre.
« L’idée de cette expérimentation est de construire une démarche nouvelle attribuant à chaque section un interlocuteur qui permette ainsi d’améliorer le lien dans tout le réseau CFDT », explique le secrétaire national Laurent Berger dans une vidéo introductive.

Une CFDT en réseau

Nombreux sont ceux qui pointent le risque que la relation du référent à la section ne court-circuite le syndicat ou le délégué syndical. « Le référent, c’est celui qui sait où on va chercher l’information, l’énergie ou l’outil, intervient Florent, l’un des dix-huit “ sessionnaires ”. Si j’ai bien compris, c’est une sorte de hub qui sait où prendre le courant mais ne le fournit pas lui-même. » Cette image de plate-forme, de connexion, fait mouche. « Le référent n’est pas un super-DS. Il doit tisser le lien avec les ressources existantes dans le réseau CFDT, avec tous les copains qui ont des compétences », reformule Joseph Battault. Connecter la section avec les personnes-ressources, mutualiser aussi. « Le référent doit permettre d’éviter que l’on fasse cinq fois la même chose pour que la section comme le syndicat puissent se consacrer pleinement à leur boulot. »
« Comment répondre aux attentes sans décevoir »
, interroge un participant, craignant que les sections ne soient en quête d’un « Zorro » de l’action syndicale ? « Le référent ne doit pas faire à la place d’un autre, poursuit le responsable régional. Il est un maillon pour mettre l’organisation en réseau et créer du lien. » Auprès des participants, le message passe. « Le référent peut aider les élus d’entreprise à sortir la tête du guidon, alors que les patrons ont tendance à occuper les militants à leur en donner le tournis », estime Pascal. Selon Marie, l’important, c’est que la section comprenne que « c’est un travail en commun et pas des solutions toutes faites que l’on plaque sur les réalités de chacun ».

Question de pratiques syndicales

À travers l’étude concrète de différents cas de figure – élus découvrant le mandat, conflit interne au sein d’une section, plan de sauvegarde de l’emploi dans une entreprise, échéances électorales à venir, interrogations sur des thèmes de négociation, recours à l’expertise – se révèle que, « le plus souvent, derrière des questions de droit, il y a des questions de pratiques syndicales », résume le secrétaire confédéral Jean-Michel Drou.

Capacité à porter un regard neuf

« Tout ce dont nous avons discuté, on peut l’adapter pour l’ensemble des élus dans les entreprises et administrations, relève Florent, secrétaire régional adjoint de l’Union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne, au terme de la formation. Cette formation m’a permis de faire une autoévaluation de ce que je fais tous les jours, m’incitant à revisiter mes propres pratiques. » Une manière de porter un regard neuf, de « poser des questions qu’on ne se pose plus ». « La formation nous a fait accoucher de ce que nous devrons être, un peu comme on devra le faire avec les sections », conclut Marie.

A. S.