Employés saisonniers : faites respecter vos droits ! (Nord Eclair)

Publié le 21/07/2011 à 00H00
Dans une interview au quotidien Nord Eclair, Yannick Ghoris, responsable de la campagne, explique l'originalité de cette 13° campagne régionale lancée par la CFDT auprès des saisonniers
Employés saisonniers : faites respecter vos droits ! (Nord Eclair)
Employés saisonniers : faites respecter vos droits ! (Nord Eclair)
Dans une interview au quotidien Nord Eclair, Yannick Ghoris, responsable de la campagne, explique l'originalité de cette 13° campagne régionale lancée par la CFDT auprès des saisonniers

La CFDT lance sa treizième campagne 'saisonniers', qui a pour but de sensibiliser les employés d'été sur leurs droits. Cette année, le syndicat va interroger les saisonniers pour disposer de données sur les conditions de travail et le logement. Entretien avec Yannick Ghoris, secrétaire régional chargé de l'emploi.

Où en est-on sur les droits des travailleurs saisonniers ? Avez-vous noté ces dernières années des abus de la part des employeurs ?
On a déjà connu des situations compliquées dans le passé, mais l'image du patron-voyou n'est plus vraiment d'actualité. La situation s'améliore d'année en année, et il y a de moins en moins d'actions en justice, ce qui signifie que les conflits sont le plus souvent désamorcés en amont. De plus en plus, les employeurs ont intérêt à avoir de bons salariés qui reviennent d'une année sur l'autre. De plus, ils savent désormais qu'on est là, et que lorsqu'on signale des problèmes à la direction départementale du Travail, on est pris au sérieux. Il y a même certains secteurs, sur la côte, où des patrons nous sollicitent car ils ont du mal à recruter et veulent obtenir une sorte de label de qualité pour attirer des personnes qualifiées.

Dans quels domaines les employés saisonniers doivent-ils rester vigilants ? Quels conseils leur donneriez-vous pour que leurs droits soient respectés ?
Souvent, les jeunes sont contents d'avoir un travail et ne sont pas regardants sur leurs droits, mais c'est une erreur car d'une part, il n'y a pas de raison de se faire avoir, et d'autre part, les règles sont utiles en cas de litige. La première chose, c'est de disposer d'un contrat de travail en règle. Il doit être signé au maximum 48 heures après l'embauche. Doivent y être détaillés : la tâche qu'on exerce, le salaire - le minimum est de 9 E brut par heure, ce qui fait 1365 E brut par mois pour 35 h hebdomadaires - , les dates de début et de fin de contrat, la durée de la période d'essai, la convention collective à laquelle on est rattaché. Il faut aussi noter ses horaires, car on ne peut pas nous imposer de travailler plus de 48 h par semaine et on doit disposer au minimum d'un jour de repos par semaine. De 35 h à 43 h, chaque heure supplémentaire doit être rémunérée avec une majoration de 25%, qui atteint 50% au-delà de 43 heures. Ou alors, ces heures doivent être récupérées. Autre détail, quand on travaille dans l'hôtellerie ou la restauration, on a droit aux repas ou à une indemnité compensatrice. En fin de contrat, on doit nous remettre un certificat de travail, un bulletin d'accès à la formation, et on a droit aux congés payés.


Quelle forme prendra cet été votre treizième campagne estivale d'information des saisonniers ?
Il y a deux choses.
D'abord, notre bus national qui sillonne toute la France passera fin août dans la région, le 26 au Touquet, le 29 à Malo-les-Bains, le 30 à Renescure, pour les saisonniers agricoles, et le 31 à Lille, entre les deux gares. Là, il s'agira d'information. Sachant que les litiges surviennent souvent en fin de contrat.
Ensuite, chaque jeudi pendant tout l'été, des bénévoles de la CFDT sillonneront le littoral pour aller à la rencontre des saisonniers et leur faire remplir un questionnaire. Cette fois, on ira vers eux pour les faire parler. Il y a 37 questions, sur des sujets généraux, et d'autres points plus précis, portant sur les conditions de travail et le logement. En temps réel, nous pourrons ainsi définir quelle est la situation des salariés saisonniers dans telle ou telle ville. Le but est aussi de faire émerger les problèmes qui se posent. On aura une vraie légitimité à s'en saisir ensuite.

Parlons du logement, justement, quels problèmes se posent généralement sur ce sujet ?
On veut surtout éviter à tout prix que des étudiants dorment dans leur voiture pour bosser pendant l'été, comme c'est déjà arrivé. Sur le littoral, les loyers mensuels frisent les 1 000 E pendant l'été, ce qui est hors de prix quand on veut travailler pour mettre un peu d'argent de côté. L'enquête nous permettra d'en savoir plus sur la situation exacte des travailleurs saisonniers. Mais nous avons déjà un projet bien avancé pour ce qui est de la région du Touquet, où en partenariat avec l'UMIH (l'union des métiers et industries de l'hôtellerie, NDLR), nous sommes sur le point d'aboutir sur un projet de construction d'un centre d'hébergement à Étaples. Il accueillerait pendant l'année les jeunes travailleurs en apprentissage, et l'été les employés saisonniers, avec dans l'idée de ne pas dépasser un loyer de 400 E par mois. On envisage une centaine de logements.
Souvent, les jeunes sont contents d'avoir un travail et ne sont pas regardants sur les droits, mais il n'y a pas de raison de se faire avoir et les règles sont utiles en cas de litige.