Travailleurs sociaux des fonctions publiques : la mobilisation paie...

Publié le 18/03/2011 à 00H00
Le 16 mars, à l'appel des organisations syndicales (dont la CFDT) des rassemblements ont eu lieu devant les préfectures. A Lille ils étaient environ 300. Les textes ont été retirés de l'ordre du jour du Conseil Supérieur de la Fonction Publique Territoriale. Mais la mobilisation continue : nouvelle journée d'action le 7 avril. Lire l'interview de la CFDT-Interco dans TSA quotidien.
Travailleurs sociaux des fonctions publiques : la mobilisation paie...
Travailleurs sociaux des fonctions publiques : la mobilisation paie...
Le 16 mars, à l'appel des organisations syndicales (dont la CFDT) des rassemblements ont eu lieu devant les préfectures. A Lille ils étaient environ 300. Les textes ont été retirés de l'ordre du jour du Conseil Supérieur de la Fonction Publique Territoriale. Mais la mobilisation continue : nouvelle journée d'action le 7 avril. Lire l'interview de la CFDT-Interco dans TSA quotidien.

'Nous appelons les travailleurs sociaux à une nouvelle mobilisation le 7 avril 2011'

Les syndicats se félicitent de la mobilisation des professionnels, le 16 mars, jour d'examen des projets de décrets sur la filière sociale territoriale de catégorie B. Devant l'inertie de la DGCL, ils appellent toutefois à de nouvelles actions pour la reconnaissance des diplômes et des qualifications, le 7 avril. Eliane Forestier (Interco-CFDT) revient sur les enjeux du dossier

Les syndicats de la territoriale appelaient les travailleurs sociaux à une journée d'action, mercredi 16 mars, le jour de l'examen par le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) des décrets sur la réforme de la catégorie B. Votre appel a-t-il été entendu ?
Effectivement, toutes les organisations syndicales appelaient à la mobilisation, mercredi, pour faire aboutir notre revendication de reconnaissance de la qualification des professionnels du travail social (assistants de service social, éducateurs spécialisés, conseillers en économie sociale et familiale, éducateurs de jeunes enfants) au niveau licence (bac +3) avec, pour corollaire, un passage de la catégorie B à la catégorie A .
Pour nous, c'est un succès ! Environ 2 000 personnes se sont rassemblées à Paris et, d'après les premiers chiffres qui nous remontent de Province, environ 400 personnes étaient recensées à Bordeaux, une centaine à Montpellier comme à Besançon, une grosse mobilisation en Corse... Il s'agissait plutôt d'agents du public, mais il y avait aussi des professionnels du privé ; en effet, même si les salaires ne sont pas les mêmes dans les deux secteurs (plus élevés dans le privé), cette absence de reconnaissance vaut pour les deux.

Cette mobilisation est d'autant plus remarquable, dîtes-vous, que les travailleurs sociaux défilent généralement assez peu...
Oui, c'est vrai, ils s'occupent au quotidien de personnes tellement plus en difficulté qu'eux, qu'il leur est parfois difficile d'aller très loin dans la mobilisation. Mais là, la coupe est pleine ! Nous sommes sur une revendication très ancienne, qui est née il y a environ 20 ans. Depuis, les choses ont tout de même un peu évolué. Je m'explique : pendant longtemps les pouvoirs publics nous ont dit que les formations du travail social n'étaient pas complètement configurées autour des 3 années exigées pour prétendre à un niveau licence. Mais aujourd'hui, cela n'est plus vrai puisque toutes ces formations ont été révisées - le diplôme d'ASS en 2004 et les autres en 2005 -, si bien que, tant dans leur contenu que par leur nombre d'heures, les formations correspondent bien à 3 ans de post-bac.
On aurait donc pu croire l'obstacle levé, mais non ! Ce qu'il faut comprendre, c'est que les certifications des formations dépendent habituellement de l'Enseignement supérieur, dans notre cas elles relèvent du ministère des Affaires sociales. Et l'enseignement supérieur semble avoir du mal à reconnaître ces diplômes.
L'autre grand obstacle à l'aboutissement de notre revendication est bien évidemment le coût important qu'elle représente pour les employeurs, principalement pour les collectivités territoriales et les conseils généraux qui sont les plus gros employeurs publics de travailleurs sociaux (environ 50 000).

Vous avez demandé au CSFPT un report de l'examen des textes sur la filière sociale de catégorie B, pourquoi ?
Nous avons un double problème aujourd'hui. Parallèlement, à la reconnaissance de notre niveau de diplôme et d'un passage en catégorie A, le gouvernement nous propose, dans le cadre du maintien en catégorie B, une grille nouvelle et régressive.
Les travailleurs sociaux débuteraient avec 28 points de plus que l'indice auquel ils débutent actuellement, mais la carrière sur le premier grade s'allongerait de 10 ans. Ces 10 ans supplémentaires pour arriver à l'indice maximum - qui lui n'est plus que de 21 points supérieur à ce qu'il est actuellement - conduiraient à perdre 35 000 € sur la totalité de la carrière, par rapport à la situation actuelle. Par ailleurs, dans certains échelonnements indiciaires, à partir de 7 ans dans la grille, les salaires seraient de 120 € inférieurs aux grilles en vigueur.

Pourtant le gouvernement présentait, en 2009, la réforme des grilles de catégorie B comme une avancée ?
Ce n'est pas le cas pour la filière sociale. On nous applique le 'nouvel espace statutaire' (NES) dans la mesure où il s'agit bien de caler les travailleurs sociaux sur les deux grades supérieurs de catégorie B. Seulement, c'est dans l'échelonnement que cela se gâte. Alors que dans les autres filières de catégorie B, la carrière s'allonge plutôt de 4 ans, la filière sociale connaît un allongement de près de 10 ans.
J'ai le sentiment que ce traitement scandaleux est réservé à la filière sociale car nous sommes en présence d'une majorité de femmes. Il y a une différence, par exemple, avec la filière technique, plus masculine. 
Ces propositions sont donc pour nous une véritable régression, voire une provocation.

Les textes peuvent-ils évoluer ?
Certes, nous avons obtenu un retrait des textes de l'ordre du jour du 16 mars. Mais, la direction générale des collectivités locales (DGCL) nous a fait savoir que les projets de décret seraient présentés lors d'un nouveau CSFPT, le 13 avril, dans le même état, sans changement de fond. Nous n'avons donc pas avancé d'un pouce ! Il n'est pas question de nous plier à cela. L'intersyndical lance donc un nouvel appel à la mobilisation le 7 avril. On se revoit le 24 mars entre syndicats pour en définir les modalités d'action.

Vous demandez à rencontrer les ministres ?
Oui, nous avons écrit au chef de l'Etat pour qu'il arbitre dans ce dossier, son cabinet nous a répondu qu'il transmettait nos demandes aux trois ministères concernés, c'est-à-dire le Budget (François Baroin), la Cohésion sociale/Solidarités (Roselyne Bachelot) et l'Enseignement supérieur (Valérie Pécresse). Nous attendons donc désormais une audience auprès de ces trois ministres.
Nous souhaiterions par ailleurs pouvoir en discuter avec le collège employeur (AMF et ADF) du CSFPT pour savoir au moins - même si ce n'est pas à eux de prendre la décision dans ce dossier - s'ils partagent notre façon de voir et s'ils peuvent nous aider dans nos revendications, une façon de les mettre devant leurs responsabilités.
Enfin, nous appelons toujours à signer la pétition en ligne qui marche plutôt bien puisque en moins d'un mois, nous avons récolté pas loin de 26 000 signatures, une belle performance !