"Enseigner est un métier qu'on n'apprend plus !"

Publié le 04/11/2010 à 00H00
Dans un entretien à La Voix du Nord, Jacques Devoddere (SGEN CFDT régional) dénonce la logique purement comptable de la réforme des IUFM, qui vient de rentrer en vigueur.
"Enseigner est un métier qu'on n'apprend plus !"
"Enseigner est un métier qu'on n'apprend plus !"
Dans un entretien à La Voix du Nord, Jacques Devoddere (SGEN CFDT régional) dénonce la logique purement comptable de la réforme des IUFM, qui vient de rentrer en vigueur.

« Enseigner est un métier qu'on n'apprend plus ! »

 

Entretien avec Jacques Devoddere, secrétaire régional du SGEN-CFDT. ...

 Vous vous êtes toujours opposé à cette réforme ?

« La mastérisation pour les enseignants a émergé en mars 2008. Au départ c'était très vague. Il était question de se conformer aux fameux trois-cinq-sept européens. Les professeurs devaient donc désormais avoir bac + 5. Mais on s'est vite aperçu qu'il y avait, derrière, une logique purement comptable. On a dépossédé les IUFM et les braves collègues allaient leur apprendre leur métier. Faites les comptes : avant, les stagiaires étaient en responsabilité devant une classe 6 ou 8 heures par semaine, désormais, c'est 18. »

  - Le calcul est-il si simple ? Des professeurs remplaçants épaulent les stagiaires, il faut bien les payer ?

« On a supprimé 3 000 postes de stagiaires en France il y a quelques années. La preuve, depuis la rentrée, il y a un déficit de remplaçants pour les collègues en arrêt maladie. On les remplace par des vacataires ou des contractuels, des gens qui doivent avoir une licence (bac + 3) et qui n'ont aucune formation dans les métiers de l'enseignement. »

 - Le rectorat a-t-il, selon vous, tenu ses engagements ?

« Il s'était engagé à ne pas mettre les professeurs stagiaires en Réseau ambition réussite (RAR) et il l'a respecté. Mais ce ne sont que les établissements les plus difficiles des difficiles. D'autres collèges et lycées, pas RAR, ne sont pas simples non plus. En plus, certains établissements ont laissé aux stagiaires les classes les plus difficiles. »

 - Quels retours avez-vous des stagiaires ?

« Dans le meilleur des cas, ils ont énormément de boulot. Et il y a les gens en très grande difficulté. La rectrice nous parle de quatre démissions, et rien que sur quarante personnes, j'en connais deux. On fera les comptes en fin d'année, mais à mon avis il y en aura plus que l'an dernier. »

  - En même temps, les IUFM n'étaient pas la panacée...

« Ce n'était pas l'idéal, notamment car c'était en un an et pas deux. Mais désormais, enseigner est un métier qu'on n'apprend plus ! »