François Chérèque à « l'écoute » des fonctionnaires de la région

Publié le 02/02/2011 à 00H00
Dans une interview publiée ce 2 février dans Nord Eclair, le secrétaire général explique les raisons de sa venue dans notre région et revient sur les leçons de la mobilisation sur les retraites
François Chérèque à « l'écoute » des fonctionnaires de la région
François Chérèque à « l'écoute » des fonctionnaires de la région
Dans une interview publiée ce 2 février dans Nord Eclair, le secrétaire général explique les raisons de sa venue dans notre région et revient sur les leçons de la mobilisation sur les retraites

 

Vous venez dans la région à l'occasion de la campagne de la CFDT nommée « 1,2,3 Publics ». En quoi consiste cette campagne ?
C'est une promesse que j'avais faite aux militants des fonctions publiques en juin dernier : organiser trois jours à l'écoute des fonctionnaires. Ils expriment depuis plusieurs années un fort malaise qui vient de la réforme générale des politiques publiques, car celle-ci se fait sans concertation, en particulier dans les préfectures. Et la règle de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux commence à poser de vrais problèmes d'organisation des services vis-à-vis de la population.

Pourquoi avez-vous choisi de venir particulièrement dans le Nord - Pas-de-Calais ?
C'est une région très peuplée où les spécificités sociales sont fortes, les conséquences de la crise n'y sont pas neutres. Et les réformes des politiques publiques, l'abandon de l'État de certains territoires prennent inévitablement plus de force là où il y a des problèmes sociaux et un taux de chômage aussi important que dans le Nord - Pas-de-Calais.

Comment se sentent les fonctionnaires aujourd'hui ?
Ce sont des professionnels très attachés à leur mission qui ont le sentiment de ne pas pouvoir faire correctement leur travail, pour des raisons de moyens à certains endroits ou de désorganisation à d'autres. Ce qui fait que leur motivation dans le travail est frustrée.

Depuis quand ?
Ce sentiment s'est installé petit à petit, depuis quelques années. Il ne faut pas oublier que la baisse du nombre de fonctionnaires a commencé avec le gouvernement Villepin. Et le sentiment de n'être qu'un coût financier pour l'État et non pas un service public est quand même très dévalorisant.

Vous commencez la tournée nordiste par l'IUFM. Suppressions de postes, problèmes dans la formation des maîtres : pensez-vous que l'Éducation nationale est en danger ?
Il y a des manques de moyens dans certains endroits. Je pense notamment aux zones qui ont besoin d'un renforcement éducatif pour des raisons sociales. Se rajoute la réforme du président de la République mettant en situation d'enseigner des jeunes personnes sans formation à la pédagogie : c'est un danger pour notre niveau éducatif qui, je le rappelle, a été classé à une très mauvaise place dans les comparaisons internationales. Nous sommes face à une politique incohérente de la part de l'État dans l'éducation.

Que faut-il faire ? La grève ?
La difficulté de mobiliser des fonctionnaires est un fait pour les syndicats. Et ce pour une raison simple : on leur met la pression en leur disant « de toute façon vous avez un emploi à vie, donc vous n'avez pas à vous plaindre ». Notre démarche est de donner de la visibilité à ces situations-là, c'est ce qu'on va faire demain, pour que les premiers concernés, les usagers des services publics, soient conscients de ces difficultés. Et on espère que le gouvernement va prendre des mesures pour revenir en partie sur ces politiques. Je vois que sur la formation des maîtres, le président de la République a reconnu qu'il fallait revoir les dispositions. Donc notre message commence à passer, à nous de continuer à le populariser.

Il est possible selon vous que le gouvernement revienne sur les suppressions de postes dans l'Éducation nationale ?
Ce sera difficile. Mais en même temps, c'est un débat pour la présidentielle. Notre action s'inscrit dans la durée : une action sur le gouvernement mais aussi dans le débat public.

Quel est votre sentiment quelques mois après la mobilisation sur les retraites ?
Cette bataille va marquer notre histoire sociale. Et c'est un sujet qui va se reposer en 2012 durant la campagne présidentielle et en 2013 quand il y aura une remise à plat de notre système. Tout ce qu'on a acquis en terme de visibilité à ce sujet sera utile.

C'est un échec malgré tout ?
Je ne peux que constater que la loi est passée et que le gouvernement a réussi à la faire passer. Mais les salariés ne nous reprochent pas un échec, ils font leurs reproches au gouvernement. Et, je le répète, ce sujet n'est pas clos, d'ici deux ou trois ans il sera à nouveau un sujet de débat dans notre pays. Je ne désespère pas de faire avancer les propositions de la CFDT.

Qui sont ?
Choisir un allongement de la durée de cotisation plutôt qu'un recul de l'âge de départ et surtout, et c'est ça l'objet de la mise à plat en 2013, réfléchir à une forme de convergence de différents systèmes vers un système commun à tous les salariés de notre pays.

La mobilisation reposait sur une intersyndicale. Où en est cette entente ?
Nous souhaitons la poursuivre. Beaucoup de sujets sont des sujets de convergence entre nous. La CGT a souhaité remettre ça en question en interne. Mais j'espère qu'elle nous rejoindra dans cette volonté de continuer.