La CFTC/CFDT Nord - Pas de Calais : originalité et rayonnement au fil de l'histoire

Publié le 08/01/2013 à 16H37
Quelques traits dominants qui ont marqué notre histoire

 

Un terreau démocrate-chrétien fertile

Incarné par l’abbé Six, Victor Diligent, Eugène Duthoit et Mgr Liénart, le milieu catholique social du Nord aide la CFTC à se doter des outils d’une formation spirituelle, générale et professionnelle en vue d’affronter les oppositions aussi bien patronales que socialistes anticléricales. D’abord canalisée dans les secrétariats sociaux, cette formation s’est concentrée dans une institution pionnière en France, l’ENO. Cette disposition à développer les compétences requises et à offrir les connaissances nécessaires s’est perpétuée dans la CFDT régionale qui a mis l’accent sur une approche humaniste, technique et professionnelle.

Le Nord-Pas de Calais, à l’exemple des syndicalistes chrétiens belges, possède, dès la fi n du XIXe siècle, des prêtres et des militants pionniers qui sont à l’origine du modèle national que représente l’École normale ouvrière durant l’entre-deux-guerres.

 

Des initiatives régionales

Soucieuse d’une approche pragmatique et réaliste de la situation, y compris financière, des grévistes, l’UR salue l’activité des syndicats féminins durant l’entre-deux-guerres et honore les sections pionnières et leurs responsables. Le passage de la CFTC à la CFDT, auquel le SGEN et le groupe Reconstruction de Lille ont fortement contribué, entraîne un changement qui prend en compte l’évolution des mentalités et aboutit à une convergence du discours cédétiste sur le statut et le rôle de la femme dans la société avec la CGT. L’Union régionale, pionnière dans la création d’une caisse de résistance pour faire face à la grève, s’aligne sur les positions nationales dans la question du travail salarié des femmes et accorde une place réelle mais restreinte au SGEN et au groupe Reconstruction.

 

Portraits de dirigeants

Chaque génération marque l’UR CFTC/CFDT du Nord-Pas de Calais. Qu’elles soient employées ou d’origine ouvrière, les premières générations affi chent très nettement leurs convictions chrétiennes face au patronat méfi ant devant ces « rouges-chrétiens » et à la CGT anticléricale et marxiste. Elles se sentent totalement soutenues par la hiérarchie catholique régionale. Une génération plus ouvrière, souvent passée par la formation jociste, arrive aux responsabilités au lendemain de la Libération, elle va faire la transition avec les successeurs plus éclatés dans leurs origines, détachés de la hiérarchie ecclésiastique mais toujours sensibles aux valeurs évangéliques laïcisées de liberté, d’égalité, de solidarité dans une région marquée par la crise économique et les discours idéologiques de droite et de gauche. Quelques noms émergent aisément dans l’histoire de la CFTC puis de la CFDT : Charlemagne Broutin, Louis Blain, Georges Torcq pour le Nord, Jules Catoire, Louis Delaby pour le Pas-de-Calais durant l’entredeux- guerres. André Glorieux et Joseph Sauty font la démonstration durant les années décisives du passage à la CFDT de l’impact du poids des personnalités dans les deux unions départementales.

 

Les partenaires

La permanence dans la méfiance semble être la règle avec le patronat et le parti communiste moyennant quelques exceptions. Une évolution simultanée et contraire dans le Nord-Pas de Calais concerne deux grandes institutions : l’une, la hiérarchie catholique, abandonne son statut de référence et de recours après la déconfessionalisation, l’autre, le nouveau parti socialiste, est l’objet d’attentes fortes dans les années 1970 de la part des dirigeants de la jeune CFDT dans le cadre du « socialisme démocratique » à mettre en oeuvre. Après le temps des relations privilégiées avec la hiérarchie notamment dans le diocèse de Lille durant l’entre-deux-guerres, la CFTC et surtout la CFDT régionale prennent des distances institutionnelles. La CFDT cherche alors le rapprochement avec la CGT et le Parti socialiste.

 

Quelle contribution régionale ?

Déjà reconnus pour leur vitalité durant l’entre-deux-guerres, lessyndicalistes chrétiens du Nord-Pas de Calais occupent des postes importants à la Libération avec notamment Georges Torcq, le successeur de Jules Zirnheld à la présidence de la CFTC. Dans les instances régionales, leurs propositions en matière de formation professionnelle, d’accueil des immigrés et d’amélioration du logement ouvrier oeuvrent en faveur de la justice sociale. C’est dans le domaine de la défense professionnelle et de la formation que les syndicalistes d’inspiration chrétienne du Nord-Pas de Calais ont apporté à la Confédération et sur le plan régional des idées originales et efficientes.