L'Europe, sujet de réflexion de l'Université Syndicale de Rentrée de la CFDT Nord-Pas de Calais

Publié le 06/09/2012 à 00H00
70 responsables de la CFDT Nord-Pas de Calais étaient réunis à Dunkerque du 28 au 31 Août . Au programme : rencontres avec des acteurs de l'Europe à Bruxelles, travail en atelier sur L'Europe et : emploi-restructuration, retraites, action dans un CE européen, mobilité des travailleurs... Enfin débat avec Marcel Grignard, secrétaire national CFDT, chargé des questions européennes. Retrouvez ici les photos et l'essentiel des travaux.
L'Europe, sujet de réflexion de l'Université Syndicale de Rentrée de la CFDT Nord-Pas de Calais
L'Europe, sujet de réflexion de l'Université Syndicale de Rentrée de la CFDT Nord-Pas de Calais
70 responsables de la CFDT Nord-Pas de Calais étaient réunis à Dunkerque du 28 au 31 Août . Au programme : rencontres avec des acteurs de l'Europe à Bruxelles, travail en atelier sur L'Europe et : emploi-restructuration, retraites, action dans un CE européen, mobilité des travailleurs... Enfin débat avec Marcel Grignard, secrétaire national CFDT, chargé des questions européennes. Retrouvez ici les photos et l'essentiel des travaux.

Quelques points forts ressortent de ces 4 jours de travaux et de rencontre, dans les locaux de l'Escale à Dunkerque. D’abord une conviction forgée par l’histoire, et rappelée  par Henri Lourdelle, de la Confédération Européenne des Syndicats, en ouverture de session : l’Europe s’est créée sur une volonté affichée du couple franco-allemand de bâtir un territoire de paix. Et cela se vérifie encore aujourd’hui. Mais la paix, alliée à la prospérité économique, devait engendrer le progrès social. Or la prospérité économique n’est pas gage automatiquement de redistribution sociale et donc de progrès social. Les questions sociales ont été longtemps les « parents-pauvres » de l’Europe. Conséquence : l’Europe c’est aujourd’hui 40 millions de travailleurs à temps partiel, 39 millions de CDD, 29 millions de « faux indépendants » soit 108 millions de salariés à statut précaire (contre 62 millions il y a 5 ans). Et le chômage représente aujourd’hui l’équivalent de la population totale des Pays-Bas (16,3 millions). Les mesures prises par les gouvernements face à la crise ont eu un impact négatif plus fort sur les populations les plus vulnérables (chômeurs, jeunes, fonctions publiques...). Les riches seraient devenus plus riches, et les pauvres plus pauvres !! Alors, la faute à l’Europe ? 

 « Mais l’Europe, c’est nous ! Il n’y a pas une Europe à Bruxelles et à Strasbourg » rétorque la députée européenne Hélène Flautre, en expliquant son rôle aux militants CFDT accueillis au Parlement Européen de Bruxelles ! « L’Europe, on la voit trop à travers le prisme franco-français... alors qu’on travaille à 27 Etats membres. Et quand on est au Parlement, on est d’abord député européen ».

 Un élargissement pas facile à vivre y compris au plan syndical. L’élargissement progressif à 27 a-t-il été trop rapide, mal préparé ? Le contexte pèse aussi sur la construction de l'Europe Sociale, avec une majorité de gouvernements conservateurs, souvent plus prêts à répondre aux marchés financiers qu'à se soucier des droits sociaux, comme cela était le cas aux origines de la construction européenne. Pour Patrick Itschert, secrétaire général adjoint de la Confédération Européenne des Syndicats, « pas toujours simple de faire une synthèse avec des cultures syndicales fort différentes des 83 organisations syndicales qui la composent. Mais aujourd’hui on est à la croisée des chemins : soit on arrive à établir un véritable dialogue social européen, et il y aura des avancées pour les travailleurs car l’équité et la solidarité sont nécessaires pour sauver l’UE, soit l’Europe disparaît. Il faut donc mieux d’Europe ». C’est le choix fait par la CES et exprimé à travers  le document « Un contrat social pour l’Europe » qui est appelé à être la référence de la CES et de toutes les organisations syndicales qui la composent tant pour leurs réflexions, propositions que dans des actions mobilisatrices.

 Le poids de la société civile organisée (employeurs, syndicats, activités diverses). Le Comité Economique et Social Européen est une des 5 institutions (la plus vieille) de l’UE, avec le Parlement, le Conseil, la Commission et la Cour Européenne de Justice. Méconnue, elle est à l’origine par exemple de la charte des droits fondamentaux intégrée désormais dans les Traités européens. Les 344 conseillers émettent chaque année un nombre considérable d’avis (340 avis par an) auprès de la Commission Européenne, qui doit justifier et argumenter  tous les six mois du traitement des avis formulés (rejet ou intégration). Mais là aussi, malgré le travail réalisé et produit en son sein, même « son de cloche qu’à la CES » : aujourd’hui l’Europe est plus éclatée. Les nouveaux Etats membres sont sortis du communisme et sont aujourd’hui dans un hyper libéralisme.  Le souci de l’intérêt commun de la construction européenne paraît moins présent.

 Quels défis pour demain ? 4 ateliers ont approfondi la réflexion : Les restructurations en Europe,  Agir dans un Comité d’Entreprise Européen, Les retraites en Europe et Mobilité et Droits des travailleurs sur le territoire européen. Au-delà de points spécifiques, il est important de mettre en avant ce qui a été transversal dans les différents apports des militants : on est tous confronté à des entreprises, des sociétés « mouvementées » et en éternel changement, il faut adapter nos pratiques aux valeurs européennes... avec la  difficulté de parler d’une seule voix entre organisations syndicales, la nécessité de mieux connaître et comprendre  les cultures syndicales des autres pays, avoir le réflexe de connexion avec les syndicats d’autres pays, utiliser les outils mis à notre disposition (experts, dispositifs législatifs..), aller chercher l’infos et de la faire circuler (voir comment d’autres s’y sont pris). Et finalement l’enjeu c’est de faire vivre à tout niveau un véritable dialogue social... Mais pour cela il faut être 2 !

 La CFDT et l’Europe : une histoire d’amour.  C’est cette belle histoire d’amour qu’a contée Marcel Grignard, secrétaire national CFDT, en fin de session. Une vieille histoire qui s’est poursuivie au fil du temps. « Cela a permis, dit-il,  de consolider 3 acquis fondamentaux : la paix entre les peuples, le développement de la démocratie et la promotion du progrès social... » Mais comme toute histoire d’amour, on passe par des crises conjugales : l’élargissement à 27, des acteurs plus enclins à gérer les acquis et défendre les intérêts nationaux qu’à penser et préparer l’avenir, un certain éloignement des institutions ont été les principales causes de cette crise conjugale. Syndicalement, on a aussi nos propres responsabilités : la CES a avancé au rythme d’un omnibus  pendant que l’Europe roulait au rythme d’un TGV ! Mais aujourd’hui plus qu’hier dans le contexte actuel, nous avons la responsabilité de faire avancer l’Europe, face aux tentations de repli national et de distension du lien avec les salariés. C’est une question de démocratie citoyenne et syndicale !  Et on sera bien souvent en France les seuls à soutenir, malgré les choix faits, qu’il faut plus et mieux d’Europe, y compris parmi les syndicats français, à la veille de la ratification d’un nouveau traité, en faveur de laquelle plaide la CFDT. « Car jamais l’Europe, explique Marcel Grignard,  ne s’est trouvée dans une telle situation d’interdépendance. Cela nous oblige à trouver des réponses communes par le compromis de tous les acteurs autour de la construction d’intérêts communs »

 Alors comment faire ? L’Europe ne se décrète pas d’en haut !  Il est de notre responsabilité à nous tous d’expliquer aux salariés, entreprise par entreprise, secteurs professionnel par secteur professionnel, exemples concrets à l’appui, comment l’Europe impacte le quotidien des salariés. La CFDT, le syndicat qui change mon quotidien, ça ne vous rappelle rien ?