"Une logique comptable sans réflexion"

Publié le 03/02/2011

Interviewé par le quotidien régional auvergnat lors de son passage en Auvergne, Jean-Louis Malys n'a pas mâché ses mots pour condamner la politique de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite.

Quel est l'objectif de ces rencontres avec les fonctionnaires ?

Depuis 10 ans, nous avons pris l'habitude d'organiser ces rencontres de terrain. On constate parfois une institutionnalisation du syndicalisme, pas seulement au niveau confédéral mais parfois aussi dans les entreprises, et il est donc essentiel de se déplacer pour discuter avec les salariés. C'est aussi, pour les secrétaires nationaux, une question d'exemplarité : on ne peut demander à nos militants un travail de terrain et, nous, rester à Paris. Le but des ces trois jours est de faire remonter les propos des salariés pour les transformer en revendications, et bien sûr les faire aboutir.

Quelles sont pour vous les conséquences de la restructuration en cours dans la fonction publique ?

Cette restructuration obéit à une logique comptable, technocratique qui dicte le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux. Elle regroupe les administrations sans en avoir discuté préalablement avec les agents et sans réflexion sur les relations avec le public, sur les services qui lui sont apportés. Les fonctionnaires estiment avoir une mission à remplir par rapport à l'État, à la population. Aujourd'hui beaucoup ont le sentiment de ne plus pouvoir faire leur travail. Que l'on rencontre des contrôleurs des impôts, des enseignants ou d'autres métiers différents, tous partagent ce sentiment, lié à cette restructuration.

Il faut souligner aussi que les contractuels, qui n'ont pas le statut de fonctionnaire, sont de plus en plus nombreux. Le Président de la République a dit il y a un an qu'il allait s'occuper de les régulariser, on attend toujours. J'ai rencontré une enseignante dans un lycée technique qui travaille comme contractuelle depuis 21 ans. On ne lui paie pas d'heures supplémentaires car elle n'a pas le statut.

Sur le fond, nous ne sommes pas opposés au fait de réformer l'État. Mais la RGPP (Révision générale des politiques publiques, NDLR) s'est faite dans le secret, tout le monde a été mis devant le fait accompli, et sans réfléchir aux redéploiements possibles car, c'est vrai, les métiers évoluent, comme dans le privé. Mais il faut que cette mobilité soit encouragée, y compris par des opportunités de sortie de la fonction publique, à condition d'avoir des garanties de retour possible, de compatibilité des systèmes de retraite.

Comment avez-vous réagi aux propos du patron des députés UMP, Christian Jacob ?

C'est de la provocation, comme l'avait fait Jean-François Copé sur les 35 heures. Ce sont des signaux pour montrer qu'ils sont bien à droite. La CFDT est très attachée à ce statut des fonctionnaires, en particulier pour ceux qui exercent des fonctions régaliennes, car il les protège par rapport au pouvoir politique.

Question syndicalo-syndicale : la CFDT se rapproche-t-elle de plus en plus de l'Unsa ?

Nous avons une délégation commune à la Confédération européenne des syndicats depuis 10 ans et, oui, nous sommes très proches. Mais il n'y a pas de rapprochement structurel à l'horizon. Cela dit, que le paysage syndical bouge, c'est souhaitable. Nous ne pouvons continuer en France à avoir le plus grand nombre de syndicats et le plus faible pourcentage de syndiqués.

Dans les relations entre confédérations, il faut faire attention au raidissement des uns et des autres. Nous avons vu, lors du conflit des retraites, que l'unité intersyndicale apporte de la crédibilité à nos messages, même si nous avons des différences.